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Travail l’été sur et durant un chantier de fouilles archéologiques.
 (St-Jean de Todon, Laudun-L’Ardoise, Gard)

 
L’analogie avec l’archéologie est présente depuis longtemps dans mon travail, par le principe de superposition, par le registre des formes, par les possibilités de lecture, par la démarche. L’archéologie considère un ensemble, situé entre la première couche découverte (donc dans l’histoire la plus récente), et la dernière, celle du sol naturel, non remanié (donc, la plus ancienne). Cet ensemble fait sens, il sera décrit. Pour le décrire, il faut le détruire, puisque le chantier excave son sujet d’études, le vide, le disperse, lui donne un autre état.
Dans mon travail plastique, sans référence, ni projet, mais avec méthode, il s’agit peut-être pour moi, simplement, de considérer ce qui arrive, ce qui est là. Mettre à plat, déplier, amener en surface.
Cet espace ne distingue pas, il crée plutôt un organisme indépendant.

Les dessins sont un envers :
Je m’installe dans un lieu de travail, autour de moi les gens sont affairés, il y a une action. Moi-même, suis immobile. Je ne participe pas à cette action, mais je suis présente, attentive à une autre facette de cette réalité, qui englobe leur action.
Si le chantier avance par destruction ou soustraction, pour mes dessins c’est la superposition qui construit.  
Si l’analyse guide le travail de l’archéologue, il n’en va pas de même pour moi, qui me plonge dans l’instant et la tension du dessin sans vouloir composer. Et en acceptant heureusement que les gestes du dessin créent des éléments qui brouillent, s’opposent et se lient et ne créent pas de sens, mais un espace.

Je constate que cette relation avec l’archéologie est un fait qui garde une présence dans mon travail plastique peut-être parce qu’il requiert une certaine neutralité et construit avec ce qu’il y a là. Un geste simple, mettre au jour/considérer et relier, de différentes manières.

En Août 2010, je reviens sur le chantier après deux ans d’absence. Où en est ce travail que je tente de reprendre ? Si l’image de l’archéologie est toujours active dans mon travail en général qu’elle m’aide à comprendre et construire, je ne sais pas encore si le lien que j’ai établi par la présence et le dessin ne se transformera pas. Le travail, seul, le dira. Il me vient, quand je considère cet ensemble graphique des années 2004 à 2007, et quand je reviens sur le site, il me vient des idées, des projets, des développements possibles. Sans doute c’est l’ensemble de mon travail -et les différentes formes qu’il contient et qui s’irriguent mutuellement- qui, tel un organisme vivant s’adapte. La question de l’archéologie, son sens, mute et participe à cette évolution.